presse française   SOAP OPERA Anastasia Vashukevich a lancé un appel aux médias américains, affirmant qu’elle possède « les pièces manquantes du puzzle »… Philippe Berry Une escort-girl biélorusse arrêtée en Thaïlande, un oligarque connecté à l’ancien directeur de campagne de Donald Trump, un vice-Premier ministre surnommé « Papa »… Le feuilleton Trump-Russie prend des allures de soap opera exotique. Cette semaine, une jeune femme arrêtée en Thaïlande pour avoir animé un cours de sexologie pour des touristes a demandé dans une vidéo Instagram de l’aide aux médias américains. Anastasia Vashukevich promet de fournir « les pièces manquantes du puzzle » connectant Donald Trump à la Russie. Si elle n’a offert aucune preuve et que le doute est permis sur ses affirmations opportunistes, plusieurs éléments révélés par l’opposant Alexeï Navalny justifient de se pencher sur l’affaire. L’escort-girl, l’oligarque et « Papa » sur un yacht Tout est parti d’une vidéo publiée le 8 février par l’opposant Alexeï Navalny, dont la candidature à la présidentielle russe a été rejetée. En septembre dernier, des jeunes femmes peu vêtues sont venues manifester à son QG, l’accusant de diviser la Russie. L’une d’entre elles se présente comme Nastya Rybka sur son compte Instagram mais s’appelle en fait Anastasia Vashukevich. D’origine biélorusse, cette escort-girl a écrit le livre Comment séduire un milliardaire, dans lequel elle raconte son aventure avec un oligarque russe qu’elle appelle « Ruslan ». Anastasia Vashukevich se présente sous le nom de Nastya Rybka sur Instagram. - INSTAGRAM Sur sa page Instagram, l’équipe de Navalny découvre d’anciennes vidéos, depuis retirées, filmées sur le yacht d’Oleg Deripaska en août 2016. Le roi de l’aluminium, patron du géant Rusal, est accompagné par un homme qui ressemble fortement au vice-Premier ministre Sergeï Prikhodko. Le magnat russe de l'aluminium, Oleg Deripaska, et le vice-Premier ministre Sergeï Prikhodko, en août 2016. - Alexeï Navalny/youtube Dans son livre, Vashukevich écrit : Ancien conseiller de Boris Yeltsin, Prikhodko tirerait depuis plus de 20 ans les ficelles de la diplomatie russe, affirme de son côté Navalny. Qui voit dans ce tête-à-tête entre l’industriel et le politique, qui étaient visiblement accompagnés de plusieurs jeunes femmes, une preuve de la « corruption » du gouvernement russe. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. La connexion Russie – Etats-Unis Le nom d’Oleg Deripaska revient régulièrement dans l’enquête sur l’ingérence russe. Avant qu’il ne devienne le directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort a en effet fait du lobbying en Ukraine entre 2006 et 2015 auprès du président pro-russe Viktor Ianoukovitch. Et c’est Deripaska qui réglait l’addition. Accusé d’avoir blanchi plus de 30 millions de dollars, Manafort sera jugé en septembre aux Etats-Unis. L'ancien directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, à sa sortie d'un tribunal de Washington, le 28 février 2018. - Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP Tout ceci s’est déroulé avant qu’il ne soit employé par Donald Trump. Mais Paul Manafort était fortement endetté auprès de Deripaska, selon l’acte d’accusation. Et le 7 juillet 2016, soit dix jours avant que Donald Trump n’accepte la nomination du parti républicain, Manafort a, selon le Washington Post, envoyé un email à l’entourage du magnat russe, écrivant : « S’il a besoin de briefings privés [sur la campagne], nous pouvons arranger ça. » Oleg Deripaska affirme que le message n’est jamais arrivé jusqu’à lui, et qu’aucun briefing n’a été organisé. Alors qu’un journaliste de CNN le poursuivait récemment, il a répondu, agacé : « Get lost, please, thank you ! » (« Dégagez, s’il vous plaît, merci »). Des pointillés pour l’instant pas connectés Le procureur Robert Mueller s’intéresse à plusieurs contacts entre la campagne de Donald Trump et des officiels ou des intermédiaires russes, notamment sur cette période-clé : Mars 2016 : Le compte email du directeur de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta, est piraté. Avril 2016 : Le conseiller George Papadopoulos (qui a depuis plaidé coupable) apprend à Londres auprès d’un intermédiaire que la Russie affirme posséder des « informations compromettantes » et « des milliers d’emails » d’Hillary Clinton. Juin 2016 : Donald Trump Jr, en compagnie du gendre de Donald Trump, Jared Kushner, et du directeur de campagne, Paul Manafort, rencontrent à la Trump Tower une avocate russe affirmant posséder « des informations compromettantes » sur Clinton. Juillet 2016 : Paul Manafort propose « des briefings privés » à l’entourage d’Oleg Deripaska. Août 2016 : Oleg Deripaska reçoit le vice-Premier ministre Sergeï Prikhodko sur son yacht. Octobre 2016 : WikiLeaks publie les emails piratés d’Hillary Clinton. Libérée sous caution, Anastasia Vashukevich était toujours détenue, jeudi, pour un problème de visa, et pourrait être expulsée vers la Russie. Depuis sa prison de Bangkok, elle a juré posséder « les pièces manquantes du puzzle, avec des clips audio et vidéo connectant nos élus avec Trump et Manafort ». CNN, qui a contacté la jeune femme en février, indique qu’elle n’a fourni « aucune preuve » jusq'à présent. Pour l’instant, le procureur Robert Mueller a inculpé 19 personnes, dont 13 citoyens russes et quatre anciens cadres de la campagne de Donald Trump. Trois ont plaidé coupable : George Papadopoulos, l’ex-conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn et le directeur adjoint de la campagne, Rick Gates, qui pourrait témoigner contre son associé, Paul Manafort. A ce stade, rien ne prouve que le président américain ait été au courant des contacts entre son équipe et la Russie. Mais c’est notamment pour éclaircir ce point crucial que Robert Mueller souhaiterait l’interroger. Le soap opera peut continuer.   VIDÉOS ET PHOTOS EN SUIVANT LE LIEN   https://www.20minutes.fr/monde/2230375-20180301-video-escort-girl-bielorusse-emprisonnee-thailande-pretend-avoir-infos-trump