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"Se prétendre de bonnes personnes pour accumuler tous les pouvoirs n'est pas correct" explique le plus grand intellectuel du pays

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L’éminent intellectuel Seksan Prasertkul a appelé tous les gens des diverses idéologies – conservateurs ou progressistes- à tolérer leur différence et à se soumettre à un véritable dialogue de façon que la société puisse aller de l’avant avec un dynamisme composé de -et en même temps- changement et continuité.

 

« La société thaïe est née de la diversité. Ce que l’on considère comme thaï aujourd’hui est un mélange de plusieurs diversités. Il n’y a pas de raison d’arrêter cette marche libérale », a-t-il dit dans une intervention à l’université Thammasat.

« Il est impossible de rester campés sur nos différences. Prenons du recul pour laisser l’humanité nous grandir. De ces différences nait l’universalité qui relie chacun à l’autre. »

Seksan, qui évite les apparitions publiques et les commentaires, est sorti hier de sa réserve pour une conférence biennale à la mémoire de l’ancien recteur de Thammasat l’économiste Puey Ungphakorn. Sa conférence intitulée « la Thaïlande dans la pensée – penser la Thaïlande » s’est tenue alors qu’émergent des mouvements politiques et de nouveaux partis et que la junte, qui en est à sa quatrième année au pouvoir, tente d’utiliser un discours politique plus consensuel.

Avec son passé d’étudiant engagé pour la démocratie comme l’un des chefs des manifestations d’octobre 1973, Seksan a montré les défauts de la participation de la population dans la société démocratique ces dernières années. Alors que l’élite établie depuis des décennies utilise un vocabulaire puissant, comme « bonté et thaïtude » pour justifier de garder le pouvoir, le camp des progressistes a besoin de retrouver les racines profondes de la démocratie depuis que la révolution de 1932 a aboli la monarchie absolue. Les hommes politiques devraient favoriser la décentralisation, assurer un plus grand lien entre les législateurs et les citoyens et réformer la bureaucratie pour permettre une plus grande transparence.

Cela donnerait plus d’importance à la société civile, à la presse et à la critique publique. Cela aiderait à montrer que la démocratie est plus que la simple tenue d’élections, comme aiment le faire croire certains politiciens.

La démocratie de style thaïe a souvent été teintée de traditionalisme et de clientélisme voire féodalité, interdisant l’accès aux processus démocratiques et causant ensuite la frustration du peuple.

Les mouvements de masse rendent la démocratie moins flexible ; cela crée une impression que le gagnant prend tout, causant ainsi l’anarchie qui rend inévitable les coups d’état.

Alors qu’il existe des blocs pro-démocratiques dans le pays, le défi consiste pour eux à interpréter les diverses écoles de pensée pour les ajuster au contexte thaï et les faire accepter.

La société conservatrice compte sur l’état pour renforcer son égoïsme alors que l’état se réclame de la raison pour protéger l’intérêt national. L'état et les élites se renvoient l'ascenseur. Un exemple prégnant est la fréquente évocation des « bonnes personnes », ce qui est concept ponctuel, lié à la moralité et à des définitions sans signification.

« Mais le pire vient toujours avec le bien. Ceux qui se voient comme de « bonnes personnes » regardent toujours les autres comme de « mauvaises » et inférieures moralement. Ils justifient ainsi leur pouvoir sur les autres. » C’est cette diabolisation et cette déshumanisation des autres qui peuvent être considérées aujourd’hui comme les vraies fautes. »

 

 

Dans le contexte thaï, le discours sur les « bonnes personnes » a été singulièrement adopté durant les manifestations de 2013 - 14 contre un gouvernement civil élu jusqu’à conduire au coup d’état.

L’idée était de prouver que le pouvoir de gouverner revenait naturellement aux bonnes personnes, et non aux « mauvaises ». Mais il se trouva que non seulement les mauvaises étaient des élus mais aussi ceux qui les avaient élus.

On présuma que les « bons » étaient les mieux éduqués et qu’en conséquence ceux qui n’avaient pas ce savoir étaient les « mauvais ». Par exemple, certains "penseurs" des Chemises Jaunes (élites / caste riche) considèrent que le suffrage universel n'est pas un bon système, seuls les gens aisés et instruits devraient avoir le droit de vote.

Pourtant l’essentiel de la démocratie et de la liberté n’est pas destiné à servir seulement les « bonnes personnes » mais d’être accessible à tous.

 

 

« S’appeler « bonnes personnes » pour accumuler tous les pouvoirs dans le même camp est donc un concept tout à fait mensonger."

 

https://www.thaivisa.com/forum/topic/1028446-‘thai-society-needs-dialogue-between-diverse-groups’/

 

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BANGKOK 28 juin 2022 04:33
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