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Qui blesse les manifestants ? La police ou une mystérieuse "troisième main" ?

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La police est critiquée pour sa gestion des manifestants antigouvernementaux qui descendent dans la rue presque quotidiennement depuis le début du mois.

 

Les méthodes utilisées par la police sont considérées comme violentes et menacent d'entraîner des poursuites judiciaires contre des personnalités clés du gouvernement, comme lors des précédentes vagues de protestation.

Cependant, la police est également critiquée pour ne pas avoir empêché les manifestants de brûler et de détruire des biens de l'État tels que des véhicules de police et des guitounes de contrôle de la circulation.

Que ce soit à cause de la brutalité de la police ou simplement de son inefficacité, les récentes manifestations ont également causé des blessures graves aux manifestants et aux agents de contrôle des foules, y compris des blessures par balle.

Manifester "à mains nues"

Des centaines de manifestants ont rejoint ce que leurs dirigeants appellent des manifestations automobiles, qui ont commencé le 1er août et se sont tenus presque tous les jours depuis. Initialement, les manifestants conduisaient des voitures dans les rues en klaxonnant en opposition symbolique à la gestion par le gouvernement de l'épidémie de COVID-19 et des retombées économiques. Les jours suivants, la plupart des manifestants sont venus à moto, ce qui permet une meilleure mobilité.

Leur demande est que le Premier ministre Prayut Chan-o-cha démissionne pour assumer la responsabilité des échecs perçus de son gouvernement dans la gestion de la crise. Les manifestants ont largement abandonné leur demande de réforme de la monarchie, dans une tentative apparente de gagner le soutien de royalistes déçus par Prayut après sept années au pouvoir.

De nombreux manifestants – pour la plupart de jeunes hommes – ont été impliqués dans des affrontements avec des policiers chargés du contrôle des foules armés de matraques et de boucliers, de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, et utilisant parfois des canons à eau. Leurs partisans, y compris certains politiciens de l'opposition, ont déclaré que les manifestants avaient été attaqués par la police alors qu'ils étaient venus «à mains nues» ou sans armes.

Cependant, les critiques signalent des vidéos et des photos de manifestants tirant avec des frondes et lançant des bombes incendiaires et des pétards sur la police, ainsi que l'incendie de véhicules et de kiosques de police – des actes considérés comme des tentatives de provoquer la police. Certains manifestants ont également été arrêtés pour possession de petits explosifs artisanaux appelés « bombes ping-pong ».

Ces jeunes hommes en colère, qui s'appellent eux-mêmes une « foule indépendante », deviennent souvent actifs le soir après que les dirigeants de la protestation "calme" ont appelé à la dispersion. Les actes de violence des "indépendants" ont été désavoués par le principal groupe de manifestants dirigés par des étudiants Thalu Fah (Through the Sky).

Premières victimes

Des blessures graves ont été infligées au cours de la semaine dernière lors de rassemblements diurnes et d'incidents post-manifestations nocturnes. Certains manifestants et policiers chargés du contrôle des foules ont été blessés par balle.

Des enquêtes sont en cours, mais on ne sait toujours pas qui était derrière l'utilisation d'armes à feu. Beaucoup pointent du doigt la police, bien que certains universitaires et observateurs disent que cela pourrait être l'œuvre d'une « troisième main » avec l'intention d'aggraver la situation.

Tanat Thanakitamnuay, un leader de la protestation issu d'une famille aisée, est maintenant aveugle d'un œil après avoir été touché par un projectile alors qu'il s'adressait à une foule. L'objet mystérieux est soupçonné être une cartouche de gaz lacrymogène ou une balle en caoutchouc bien qu'aucune preuve concluante n'ait été trouvée.

Sa famille a annoncé jeudi 19 août qu'elle engagerait des poursuites judiciaires contre « toutes les personnes et agences concernées » qu'elles jugent responsables du « recours excessif à la force » par la police dans le cadre de « manifestations pacifiques ».

Dans d'autres incidents, un adolescent a été touché au cou par une balle réelle qui reste logée dans le bas de sa boite crânienne le plongeant dans le coma.

Deux autres adolescents ont été blessés par balle, l'un à l'épaule et l'autre au pied.

Le 19 août, Amnesty International a demandé aux autorités thaïlandaises d'« enquêter d'urgence sur les tirs contre ces enfants ». Certains de ces jeunes habitent simplement ce quartier très peuplé.

Au moins deux pétitions en ligne ont été lancées sur le site Web Change.org pour demander des poursuites judiciaires contre les personnes impliquées dans la répression. Les militants ont écrit que les mesures prises violent les normes internationales.

Les campagnes, lancées séparément par « Protect the Protesters » et la Human Rights Lawyers Association, ont chacune attiré plus de 13 000 partisans à date.

Normes internationales

La police métropolitaine a insisté sur le fait qu'elle suivait les normes internationales dans le traitement des manifestants. Les officiers ont nié que la blessure de Tanat ait été causée par une cartouche de gaz lacrymogène, affirmant que la blessure infligée à son orbite ressemblait à celle d'un policier de contrôle des foules blessé par une fronde.

Le chef de la police métropolitaine Pol Lt-General Phukphong Phongpetra a également déclaré qu'aucune balle réelle n'avait été utilisée par ses officiers.

En ce qui concerne les normes internationales, le « Resource Book on the Use of Force and Firearms in Law Enforcement » des Nations Unies indique que la force peut être utilisée pour disperser un rassemblement lorsque cela est nécessaire, avec des balles en plastique/caoutchouc, des gaz lacrymogènes ou des canons à eau, bien que telles méthodes "viriles" doivent être strictement réglementées.

La directive est publiée par l'Office des Nations Unies contre le crime et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.

Parmi les normes internationales pertinentes les plus fréquemment citées figurent le Code de conduite des Nations Unies. On y déclare que tout usage de la force par les forces de l'ordre doit respecter les principes suivants : légalité, nécessité, proportionnalité, non-discrimination, précaution et responsabilité.

Incidents passés

Des allégations de brutalité policière contre des manifestants ont été faites l'année dernière lorsque des milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, sont descendues dans la rue pour demander la démission du Premier ministre Prayut, une nouvelle constitution et une réforme de la monarchie.

Sous les administrations précédentes, la répression des manifestations antigouvernementales a fait des morts et des blessés, ce qui a entraîné des poursuites judiciaires contre les autorités, y compris les premiers ministres en exercice.

Cependant, les responsables des répressions meurtrières ont réussi à échapper aux sanctions.

Les retombées juridiques de la répression de 2008 contre les manifestants des chemises jaunes ont vu le Premier ministre de l'époque Somchai Wongsawat, son adjoint Chavalit Yongchaiyudh, le chef de la police nationale Patcharawat Wongsuwan et le chef de la police métropolitaine Suchart Muenkaew tous innocentés de tout acte répréhensible.

De même, l'ex-Premier ministre Abhisit Vejjajiva, son adjoint Suthep Thaugsuban, puis le général en chef de l'armée Anupong Paochinda ont été innocentés du massacre de 2010 contre les chemises rouges.

Certaines images des deux derniers jours où l'ont voit des policiers tirer à bout portant avec des balles en caoutchouc sur des personnes qui passent en deux-roues ou faire tomber intentionnellement des motards interrogent. Elles ressemblent beaucoup à la rage dont fait preuve la police française contre les blacks blocs mais les jeunes Thaïlandais qui peuvent se montrer, il est vrai, parfois taquins n'ont rien de commun avec des black blocs. Aucune boutique ou agence bancaire n'a encore été pillée. Pas encore.

Les manifestations de cet été 2021 ne rassemblent que peu de personnes, sans doute en raison de la peur de Covid. La police aura beaucoup plus de mal si le nombre d'opposants dans la rue augmente.

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BANGKOK 09 décembre 2021 17:53
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