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Le Chine-Singapour, naissance du train transasiatique via la Thaïlande

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Par : Marina Mielczarek  RFI

Un billet de TGV Chine-Laos-Thaïlande qui pourra même aller jusqu’à Singapour ! Inclus dans leur projet de nouvelles routes de la soie, le rail pan-asiatique est né. Les premiers trajets entre le sud de la Chine et le Laos sont déjà annoncés.

Malgré la pandémie, ces premiers voyages à grande vitesse devraient relier la frontière chinoise et Vientiane, la capitale laotienne en décembre 2021. 414 kilomètres de rails dont la moitié sous des tunnels. 

Du bois, des fruits contre de l’électroménager 

Ces trains de fret laotiens exporteront des matières premières : bois, fruits, poisson, riz. En retour, les Chinois enverront du matériel de cuisine, des matériaux d’entretien et de construction. 

Les diasporas chinoises en Asie du sud-est 

Emprise chinoise ou égalité économique ? Le sujet divise les experts. Pour Emmanuel Véron, spécialiste de la Chine à l’Institut des langues orientales (Inalco) à Paris, le transport ferroviaire s’inscrit dans une logique beaucoup plus large d’intégration économique régionale. 

« Ce nouveau réseau ferré va s’ajouter aux routes et autoroutes construites par les chinois et très utilisées dans cette partie d’Asie du sud-est. Certes, les petits pays bénéficient d’un développement qui apporte des salaires et des richesses mais elles sont fortement inégales ! La Chine domine dans ce donnant-donnant en investissant dans les infrastructures. », assure-t-il.

Le fleuve Mékong, l’autre voie de développement 

Barrages hydrauliques, transport fluvial, retenues agricoles… Les Chinois se sont déjà fortement installés le long du fleuve Mékong. Hôtels, casinos y ont prospéré. La logique d’exploitation va continuer. La Chine a besoin d’eau pour alimenter son agriculture, ses populations et surtout les centrales hydrauliques qu’elle veut construire pour ses besoins en électricité. 

Le train, le lien à la mer 

À Vientiane, la capitale laotienne, les publicités pour ce nouveau transport montrent la ville chinoise de Kunming, qui sera à terme, le terminus ou bien la gare de départ des trains chinois. Le professeur Eric Mottet, spécialiste de géopolitique à l’Université de Montréal (qui a lui-même longtemps vécu au Laos) y voit une chance pour le Laos comme pour tout le sud-est asiatique : « Ce projet de relier la Chine à Thaïlande, au Laos et au Vietnam va coûter 6 milliards US au Laos, explique-t-il. Une somme considérable, essentiellement prêtés par les Chinois. Cela va permettre à des entreprises asiatiques mais aussi internationales de s’implanter le long du chemin de fer et de faire prospérer l’économie. Prenez le Laos, le seul pays coincé entre ses voisins, sans accès à la mer. Grâce à ces nouvelles lignes de fret de marchandises, il va intensifier ses échanges avec la Thaïlande (donc aux ports maritimes) et réduire ses tarifs d’exportation. »

Le tourisme chinois, la grande vitesse 

Quel effet ces nouveaux trains vont-ils avoir sur le tourisme ? Là encore, les avis sont nuancés. Depuis Phnom Penh au Vietnam, Trang Ngyen, directrice adjointe de l’agence AsiaKing s’en réjouit : « Notre clientèle a changé, assure-t-elle. Elle demande des voyages où plusieurs pays sont visités durant le même séjour. L’arrivée des trains dans notre sud-est asiatique est une bonne nouvelle. Nous allons pouvoir proposer plus d’options. Et puis le train permet aussi de profiter du paysage, plus intensément qu’en voiture où il faut faire attention en conduisant. »

Le China Travel Style ! 

De son côté, Frédéric D’Hauthuille fondateur des voyages Monde Authentique, redoute une certaine offensive chinoise : « Chez Monde Authentique, nous vendons des voyages doux, pas plus de 100 kilomètres par jour, explique-t-il. Les Chinois eux, ne considèrent pas le tourisme comme nous. C'est ce que je constate ces dernières années. Ils veulent traverser un pays en deux jours. Or, pour moi, ça ne permet pas de connaître les gens ni la culture locale. C’est effrayant de savoir qu’ils vont avoir le moyen d’aller encore plus vite avec ces trains ! »

Quant au billet unique censé relier les capitales de la Thaïlande, du Laos, du Vietnam et de la Chine, il devrait être vendu dès la fin des travaux, en 2026. 

 

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BANGKOK 17 octobre 2021 10:43
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