Le Modérateur

Thaïlande: un an après, ce qu’il reste du mouvement de la jeunesse

1 message dans ce sujet

 

BANGKOK, Thaïlande | Un carrefour animé du centre de Bangkok à la tombée de la nuit. Des bandes de jeunes manifestants affrontent la police à coups de lance-pierres, de pétards et d’explosifs artisanaux, transformant les rues en zone de combat.

Le mouvement de protestation qui a secoué la Thaïlande à l’été et à l’automne 2020 réclamant des réformes de la monarchie et de la société s’est en grande partie éteint, victime de luttes intestines et de l’arrestation des principaux dirigeants.

Malgré tout, un noyau dur, qui se fait appeler « Thalugaz », livre toujours des combats de rue quasi quotidiens avec la police antiémeute.

Thalugaz, littéralement « briser le gaz (lacrymogène) » en thaïlandais, est un groupe vaguement organisé de jeunes de la classe ouvrière, âgés d’une vingtaine d’années, sans structure ni stratégie officielle.

 

Ils s’organisent par messagerie et ont appris à fabriquer de petites charges explosives ou « bombes ping-pong » à l’aide de manuels en ligne.

« Nous nous rassemblons à l’intersection et remontons les rues en lançant des bombes (ping-pong), puis ils ripostent avec des balles en caoutchouc », explique à l’AFP Fhong, un manifestant de 17 ans.

Leur radicalité tranche avec le style des manifestations de l’année dernière, dirigées par des étudiants qui prônaient le changement par le discours, et avaient adopté un canard gonflable comme mascotte.

« Mes amis et mes frères ont été battus à plate couture par qui ? La police antiémeute », a déclaré à l’AFP Thom, 18 ans, déterminé à ne pas se laisser faire. « Si la police antiémeute nous attrape, elle nous donnera des coups de pied et nous battra, est-ce que c’est la bonne chose à faire ? »

Le mouvement a périclité

Au plus fort du mouvement il y a un an, des manifestations ont attiré plusieurs dizaines de milliers de protestataires pour réclamer la démission du premier ministre, Prayut Chan-o-cha arrivé au pouvoir en 2014 par un coup d’État avant de se faire légitimer par des élections en 2019.

Certains sont allés jusqu’à critiquer la monarchie, demandant à ce que le pouvoir et la richesse du roi Rama X soient limités, s’exposant à des condamnations très lourdes dans un pays où la diffamation royale est sévèrement punie.

Mais le mouvement a périclité début 2021 avec l’interdiction des rassemblements en période de COVID-19, l’arrestation des dirigeants et l’apparition de divisions sur la tactique, l’idéologie et les revendications.

Aujourd’hui, les jeunes du groupuscule Thalugaz se concentrent sur des revendications économiques et sociales.

« Dans un pays où le fossé entre les riches et les pauvres est si large, le mode d’action (politiques) peut différer d’une classe à l’autre, même si au fond, leur but est le même: s’en prendre au gouvernement », explique à l’AFP le politologue Somjai Phagaphasvivat.

Ces jeunes sont issus de familles directement touchées par la crise économique due aux mesures sanitaires et la fermeture des frontières en raison de la COVID-19.

« Ma tante gagnait 3000 à 4000 bahts (90 à 120 dollars) par jour en vendant des marchandises, mais maintenant son revenu est tombé à 1000 ou 2000 bahts », a déclaré Thom.

Lui aussi a été touché par la pandémie, lorsqu’il a dû fermer son atelier de réparation automobile dans sa province natale de Surin (nord-est). 

Aujourd’hui, il gagne sa vie en livrant des glaçons dans la capitale.

Ils veulent leur revanche

Malgré l’agitation, des riverains éprouvent une certaine sympathie pour les manifestants.

« La police antiémeute est agressive alors les jeunes ripostent », explique à l’AFP Sirirattana Siriwattanavuth, 32 ans, propriétaire d’un restaurant. « Les manifestants en ont visiblement assez, certains sont un peu radicaux et veulent leur revanche ».

Parfois les affrontements dégénèrent et plusieurs manifestants ont été sérieusement blessés, ainsi que des policiers, dont un a reçu une balle en cuivre en pleine tête.EiUx90GU4AAO1gV.jpg.9abcad5fea32878ce0a1edb19bad8f9e.jpg

Sans signe de changement de gouvernement et avec des jeunes déterminés à en découdre, les habitants de Din Daeng connaîtront d’autres nuits blanches.

« S’il ne démissionne pas, nous continuerons à manifester. Je n’abandonnerai pas », assure Thom.

 

https://www.journaldemontreal.com/2021/10/26/thailande-un-an-apres-ce-quil-reste-du-mouvement-de-la-jeunesse

 

 

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

BANGKOK 18 janvier 2022 07:50
Sponsors