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L'absence de Biden et d'autres à la réunion de l'APEC montre que le gouvernement thaïlandais n'est pas jugé crédible à l'étranger

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agence nationale (à ne pas confondre avec gouvernementale) de presse et ASEANNOW en français

 

La décision du président américain Joe Biden de "sauter" le sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) en Thaïlande en novembre reflète la faible image internationale du gouvernement thaïlandais et les retombées d'un déficit de démocratie, estiment de nombreux observateurs.

"La décision vient comme un coup de tonnerre, détruisant le rêve du Premier ministre Prayut Chan-o-cha qui avait espéré exploiter la présence des dirigeants mondiaux au Sommet de l'APEC pour des gains politiques personnels", a déclaré le professeur Ukrist Pathmanand de l'Université de Chulalongkorn.

Biden aurait informé l'ambassade de Thaïlande à Washington que le vice-président Kamala Harris représenterait les États-Unis au sommet des 18 et 19 novembre à Bangkok.

L'absence de Biden pourrait être considérée comme une pression sur la Thaïlande pour améliorer son bilan démocratique national, selon un haut responsable du ministère des Affaires étrangères qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat.

L'administration américaine a clairement indiqué qu'elle souhaitait voir la Thaïlande progresser sur le chemin de la démocratie, mais l'audience de la Cour constitutionnelle concernant le mandat de Prayut vient brouiller les cartes, dit-il.

"Certains au sein du ministère pensent que Washington ne veut pas que Prayut bénéficie de la présence de Biden au sommet de l'APEC, s'il est encore Premier ministre", a déclaré l'officiel.

Alors que les autorités concernées font tous les préparatifs concernant l'hospitalité en rapport avec l'APEC, Prayut, général putschiste en 2014, jamais condamné, lutte pour sa survie politique.

À la déception de l'élite thaïlandaise, Biden a confirmé sa présence au sommet du G20 à Bali, en Indonésie, les 16 et 17 novembre, avant de se sauver pour assister au mariage de sa petite-fille à la Maison Blanche le 19.

"Cela signifie simplement que sa famille est une priorité, pas des relations bilatérales avec un allié de longue date en Asie du Sud-Est comme la Thaïlande", a déclaré Ukrist à Thai PBS World dans une interview.

Sa participation au sommet du G20 remplira déjà la mission que Biden s'est assignée en Asie, car la réunion de Bali lui donnera une chance de rencontrer ou au moins de s'asseoir à la même table que tous ses rivaux, y compris le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine, a-t-il dit.

"Le président Biden pourrait aborder toutes les questions qui l'intéressent au G20 et il n'a pas besoin de répéter les mêmes messages à l'APEC en Thaïlande", a déclaré le professeur.

Contrairement à Prayut, qui s'est principalement occupé des affaires intérieures, le président indonésien Joko Widodo a exercé sa présidence du G20, a rencontré et invité Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy à se rendre en Indonésie lors du sommet. Widodo lui-même a confirmé que tous les principaux dirigeants, y compris le président chinois Xi, seraient à Bali.

L'APEC compte cependant 21 membres, pour la plupart originaires d'Asie et du Pacifique. Il se concentre principalement sur la coopération économique.

Le vice-Premier ministre Don Pramudwinai a déclaré qu'il avait continué à faire des tentatives pour que le président Biden assiste au sommet de l'APEC, car cela pourrait offrir au dirigeant américain un forum pour apaiser les tensions avec Xi à propos de Taïwan et avec Poutine à propos de la guerre en Ukraine, bien que le gouvernement à Bangkok n'a jamais manifesté son intention de faciliter le dialogue. Les présidents chinois et russe n'ont pas encore officiellement confirmé leur participation au sommet de l'APEC.

Les observateurs pensent que Poutine ne sortira pas de son pays mais que Xi viendra parader à Bangkok. Si Xi devait ne pas se déplacer à Bangkok, l'humiliation pour la Thaïlande serait totale.

Le gouvernement de Prayut ne s'est jamais présenté comme un intermédiaire honnête dans aucun conflit. Même hors conflit, Prayut ne s'est jamais soucié de politique extérieure, un domaine qui le dépasse. Il n'a jamais travaillé au soft power de son pays, se méfiant de tout ce qui vient de l'étranger (les touristes supposés malades par exemple).

Washington ne peut pas non plus compter sur la Thaïlande sur la question de Taiwan, car les dirigeants de Bangkok ont envoyé des signaux forts indiquant qu'ils se rapprochaient de Pékin, selon Ukrist.

Moscou considère toujours la Thaïlande comme un pays ami, bien que le représentant permanent de la Thaïlande aux Nations Unies ait voté une fois pour condamner l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Ukrist a déclaré que la Thaïlande n'était plus en mesure de jouer un rôle significatif au milieu des changements géopolitiques rapides, contrairement aux autres membres de l'ASEAN, notamment le Vietnam, qui est également membre de l'APEC car le royaume vit dans un passé fait de coups d'état et d'intrigues.

L'administration Biden a manifestement accordé plus d'attention au Vietnam pour l'équilibre avec la Chine, car Hanoï est en désaccord avec Pékin sur la question controversée de la mer de Chine méridionale. De hauts responsables de l'administration Biden, dont la vice-présidente Harris et le secrétaire à la Défense Lloyd Austin, ont choisi le Vietnam pour leurs premières tournées en Asie au début de cette année.

"Également sur le plan économique, le Vietnam est très attractif pour les investissements en raison de sa stabilité et de sa croissance rapide", a-t-il déclaré. La mauvaise gestion de Prayut au cours des dernières années a également contraint de nombreux investisseurs étrangers de l'APEC telles que le Japon et la Corée du Sud à se relocaliser au Vietnam.

La crise en Birmanie jette également une ombre sur les relations bilatérales entre les États-Unis et la Thaïlande. Washington n'a jamais été satisfait du rôle ambigu de la Thaïlande vis à vis de Tatmadaw - l'armée birmane - selon Ukrist. Bangkok a fait comme d'habitude avec la junte et a même adopté une position douce envers la répression militaire contre les dissidents et les groupes ethniques armés le long de la frontière. Il faut rappeler que Prayut est par nature (militaire arrivé au pouvoir après un coup d'état) plus proche de la junte birmane que d'un président élu.

Même si les deux rassemblements n'ont rien de commun, on notera que personne ne s’est déplacé depuis la Thaïlande pour assister aux obsèques de la reine d'Angleterre or c'est lors de ce genre d'occasion que les dirigeants peuvent nouer des liens et se donner des rendez-vous. Le régime thaïlandais agit comme s'il n'avait pas d'effort à faire pour être apprécié de l'étranger et comme si le soft power ne se cultivait pas.

Dernière cible en date, le président Macron. Révéler qu'on souhaite le voir venir à la réunion de l'APEC est un nouveau risque de camouflet pris par la Thaïlande. Pour mémoire, le président Obama s'était arrêté à Bangkok lors de la dernière réunion de l'APEC à Bangkok.

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BANGKOK 01 décembre 2022 04:54
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