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Chine : les nouveaux hybrides

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Léo de Boisgisson
 
Quand je suis arrivée à Pékin à la fin des années 90, les rebelles c’étaient les rockeurs, les punks. Ils étaient facilement reconnaissables avec leur crête et leur collier de chien. Ils chantaient des chansons à boire et des chansons engagées, faisaient mine de se la jouer « no futur » comme les punks britanniques à l’époque thatchérienne, mais je pense que dans le fond, ils savaient tout comme moi qu’ils étaient LE futur ! Pensez donc, ils étaient nés au meilleur moment, après Mao, à l’aube d’un boom économique et de l’explosion du World Wide Web !
 
En Chine, on a beaucoup spéculé sur les Balinghou, cette génération née après 1980 dont les individus n’ont connu ni les affres du communisme, ni la joie d’avoir des frères et sœurs. On les dit moins inhibés que leurs ainés, hyper voire trop connectés, ouverts sur le monde extérieur : ils voyagent, consomment « global », font des études à l’étranger. En plus d’une dizaine d’années à travailler dans la musique, j’ai eu tout le loisir d’observer cette nouvelle jeunesse et d’assister à la fois au morcellement et au mélange des genres.
 
Dans les années 2000, les CDs et les VCD pirates déferlaient sur la ville dévoilant toutes les gammes de cultures et « subcultures » étrangères à des jeunes affamés. Les crêtes et les colliers de chien ont commencé à se faire plus rares, car, productivité textile aidant, une multitude de choix vestimentaires s’offraient aux nouveaux urbains leur permettant d’affirmer leurs nouvelles postures. J’ai vu les All Stars remplacer les Huili et déferler chez les rockeurs, puis devenir l’uniforme de toute la jeune classe moyenne. J’ai vu les Baggy jeans et les bijoux bling bling devenir les marqueurs identitaires des fans de hip hop, les dreadlocks pousser sur les cheveux raides des quelques rastas de la ville, les tatouages recouvrir tous les avant-bras. Par moments, certains fêtards disparaissaient puis réapparaissaient en arborant des amulettes bouddhiques chinées dans des voyages à vocation spirituelle en Inde et au Népal. Puis encore, certains homos ont commencé à sortir du sérail des clubs LGBT et encore une fois, les genres se sont mélangés sur la piste de dance. C’est là que je me suis dit que Pékin avait rejoint New York, Paris ou Londres : elle était une des grandes capitales de ce monde, à la fois mixte et identique.
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BANGKOK 08 juillet 2020 22:13
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