Le Modérateur

Tribulations de banlieusards en Thaïlande

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Très long article reportage de LIBE à lire en entier ici

http://www.liberation.fr/apps/2016/10/boxe/

 

Deux petits extraits

Depuis près de trente ans, le Derek Boxing cultive sa double identité : club de boxe thaï, mais aussi outil pour canaliser des gamins de quartier.

Au milieu des années 80, il arrive que Léon Mendy épie les gars qui s'entraînent au Derek Boxing, une salle en bas de chez lui, à La Courneuve, au milieu de la cité des 4000. Quand il raconte ça, il mime, comme s'il avait vu des petits hommes verts. «Je ne connaissais pas cette gymnastique, je les regardais et...» Ils cognent avec les poings, les coudes, les tibias, les genoux. Leur corps a l'air de tout supporter et leurs coachs leur expliquent que tout n'est finalement qu'une histoire de mental, même le rapport à la douleur. Ils appellent ça «muay-thaï», ou «boxe thaï». Tout va très vite pour Léon. Il essaye, prend une licence, monte sur un ring et part en Thaïlande se perfectionner deux ou trois ans plus tard, quand ce pays n'est pas encore perçu comme une chicha géante. Les douches à l'eau de pluie, les cafards et les rats la nuit dans le camp, et les Asiatiques sur le cul qui découvrent des banlieusards déterminés : les anciens du club décrivent ça presque comme une initiation spirituelle. A l'époque, la discipline est nouvelle en France et sa réputation déjà toute faite : un hobby de voyous, raccord avec leur mode de vie de castagneurs. Trente ans plus tard, des chefs d'entreprises et des stars du showbiz paient une blinde des coachs personnels pour apprendre à mettre un low-kick. Léon, lui, est devenu président du Derek.

 

........

Avec Léon, son voisin, il a connu les premières escapades en Thaïlande. Les petits boulots pour payer le billet d'avion à l'autre bout de la terre, quand traverser l'Ile-de-France pour un banlieusard était déjà un voyage en soi. Il se souvient du regard des locaux, qui touchaient son pote parce qu'ils n'avaient jamais vu un Noir, persuadés qu'il s'était enduit de peinture : «Là-bas, c'était Koh-Lanta. Les Thaï rechignaient à travailler avec nous. Il a fallu gagner leur respect. Je me souviens qu'un matin, il y avait un cadavre en face du camp où nous étions, la gorge tranchée. Un règlement de compte entre villageois. Quand on revenait à La Courneuve, il nous arrivait de parler thaï entre nous. On avait appris la langue, pas le choix. A force d'y faire des stages, je me suis vraiment mis à leur ressembler physiquement. Mat de peau, la boule à zéro, sec.» Lahcene, 39 ans, s'y est rendu dans les années 90 : «Tu vois l'état des villages là-bas, la manière dont vivent les enfants et tu relativises ta vie d'un coup. Leur problème là-bas n'était pas de mettre des sièges en cuir dans une super 5. Forcément, ça change complètement le regard que tu as sur ton environnement.»

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BANGKOK 26 juin 2022 09:16
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