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Hommage La vie suisse de Bhumibol, roi de Siam

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On dirait une photo de touristes asiatiques déambulant à Ouchy. Et pourtant, elle montre un groupe de têtes hautement couronnées qui se promène à Lausanne, sans protocole ni garde du corps. C’est l’été 1960 et la famille royale vient séjourner sept mois aux portes de Lavaux. On y reconnaît le roi de Thaïlande, qui a passé dix-huit ans de sa jeunesse à Lausanne, la reine Sirikit, avec laquelle le souverain s’est fiancé à Pully en 1949, le futur roi Vajiralongkorn, 8 ans, et deux de ses trois sœurs, âgées de 5 et 11 ans.

Mais aujourd’hui, une page d’histoire est tournée entre la Suisse et le royaume thaïlandais. Le 13 octobre, le roi, qui règne depuis 1946 sur 67 millions de sujets, est décédé à 88 ans. Son royaume pleure la disparition d’un demi-dieu, vénéré comme aucun roi ou chef d’Etat. Ses ministres et généraux ne l’approchent que couchés à ses pieds, dans un signe de respect infini qui date des lointains souverains du Siam. Ils parlent «à la poussière de ses pieds». Personne ne le regarde dans les yeux. Son portrait trône sur tous les timbres, les billets de banque, dans les bâtiments publics, les commerces, les restaurants et même les foyers les plus modestes.

 

Ce roi tant aimé, en la mémoire duquel un an de deuil national vient d’être décrété en Thaïlande, est un peu Suisse. Né à Cambridge (Massachusetts) – il est le seul souverain né aux USA – Bhumibol est arrivé à Lausanne après le décès de son père, en 1933, à l’âge de 5 ans. Devenue veuve à 29 ans, sa mère, la princesse Mahidol, est accompagnée de ses trois enfants. C’est l’aîné, Ananda (10 ans), le petit-fils du roi Rama V, qui doit porter la couronne à sa majorité. Mais la perspective ne l’enchante guère: «Je ne suis pas heureux de devenir roi, parce que je voudrais pouvoir m’amuser encore!» confie l’«enfant-roi» à L’illustré. Pressentiment funeste? Il sera trouvé mort par balle dans son lit au palais de Bangkok, en juin 1946. Aujourd’hui encore, personne ne connaît le fin mot de l’histoire. C’est son frère de deux ans son cadet, Bhumibol, qui montera sur le trône, après avoir terminé ses études de droit à Lausanne.

A Lausanne et à Pully

En 1933, la famille royale s’installe dans le chef-lieu vaudois dans un appartement de l’avenue Tissot, puis dans une villa louée à Pully, la villa Vadhana. Un couple de chauffeur et cuisinière est engagé. Les deux frères Ananda et Bhumibol suivent l’Ecole nouvelle, à Lausanne. Leur sœur entre à l’Ecole supérieure de jeunes filles, le collège public de Villamont. Un élève se souvient: «La seule différence avec nous, qui venions à vélo, c’était leur précepteur qui venait les chercher avec une grande voiture munie de pneus à flancs blancs.»

«On nous appelait Monsieur, Mademoiselle, et non Prince ou Princesse, racontera plus tard la princesse Galyani. Nous étions comme de petits Suisses et nous menions la vie des gens ordinaires.» Sous la houlette de leur précepteur, les deux futurs rois apprennent à skier et à patiner: Villars-sur-Ollon, Adelboden, Champex, Davos et Zermatt. Quand elle se rend dans les Grisons, c’est par le train que la famille royale voyage en toute simplicité: «La Suisse est le plus beau pays du monde. Le seul où l’on peut voyager sans être armé et où l’on ne risque pas d’être la victime d’un rapt», confie la princesse-mère.

Mais durant la guerre, les temps sont durs et le personnel renvoyé. La pension de Bangkok n’arrive plus et le cours du baht s’est effondré. La princesse Mahidol suit de près l’instruction de ses enfants: «Un roi doit être un érudit! Il doit montrer l’exemple et beaucoup travailler. Et il doit savoir obéir avant de commander», serine sa mère. Elle va même s’inscrire à la Faculté de droit pour suivre des cours aux côtés de son fils qui, déjà roi, a préféré terminer ses études. Ses camarades se nomment Michel Dénériaz, Emile Gardaz, Claude Pahud…

Accident de voiture à Préverenges

Cousin du prince Bira, le champion automobile des années 30 qui courait en cravate, le roi est passionné de sports mécaniques. Il s’occupe personnellement de ses voitures, un coupé MG, une petite Topolino et une Salmson à compresseur qu’il bichonne: «Il en a profité pour faire de la vitesse et battre ses propres records sur la route entre Lausanne et Genève, à la vitesse de 140 km/h de moyenne», note un rapport de la police vaudoise, bien avant l’inauguration de l’autoroute en 1964 et les limitations de vitesse. Le 4 octobre 1948, sa Topolino heurte l’arrière d’un camion à Préverenges. Le roi et son beau-frère, le mari de Galyani, sont transportés en taxi à l’infirmerie de Morges. Le roi y laisse un œil, sa tête ayant heurté le rétroviseur. Sa fiancée, Sirikit, fille de l’ambassadeur de Thaïlande à Paris, vient souvent à son chevet. Il l’épouse à Bangkok le 28 avril 1950, à l’heure calculée par les astrologues bouddhistes. Il a rencontré la future reine lors de ses escapades à Paris, où il se rend pour écouter du jazz. Il joue lui-même du saxophone. Bhumibol et Sirikit descendent tous deux du même Rama V, décédé en 1910. Elle suivra quelque temps des cours à l’Institut Riante-Rive, école privée de la région lausannoise.

 

Une fois sa licence en droit obtenue en 1951, le roi retourne à Bangkok: «Adieu, la Suisse!» titre L’illustré en le montrant à la fenêtre d’un wagon-lit de l’Orient-Express.

Neuf ans plus tard, en juillet 1960, le couple royal est de retour sur les bords du Léman. Il a loué une villa aux portes de Lavaux. Il ne s’agit pas de vacances, même si le roi est heureux de retrouver le pays de son enfance. Le couple effectuera une tournée des cours royales: la reine d’Angleterre, le roi Baudoin, les rois du Danemark, de Suède et même le général de Gaulle à Versailles. En Suisse, le président Max Petitpierre et le conseiller fédéral Paul Chaudet sont venus les chercher en train à la gare de Puidoux, le 29 août 1960. Ils sont aussi reçus au Comptoir suisse, où «la reine s’est particulièrement intéressée aux machines à laver», relève La Feuille d’Avis de Lausanne. En novembre, Puidoux accueille le roi et la reine Sirikit, qui sourit en entendant une écolière réciter La Venoge. Plus tard, le Conseil d’Etat vaudois prend congé du roi qui confesse: «J’ai un peu laissé mon cœur à Lausanne et dans les environs.»

Après un séjour privé en octobre 1964 pour l’Expo nationale, le roi n’a plus revu la Suisse et n’a pratiquement plus jamais quitté son royaume. Mais il a offert un pavillon à la ville de Lausanne, inauguré en mars 2009 par sa fille Sirindhorn. Il aura reçu presque tous les présidents de la Confédération. Le Vaudois Jean-Pascal Delamuraz s’en souvenait bien: «A peine arrivé au palais, j’ai entendu une voix douce qui me demandait: «Est-ce que les vignerons de Lavaux utilisent toujours des canons à grêle?»

http://www.illustre.ch/magazine/la-vie-suisse-de-bhumibol-roi-de-siam

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BANGKOK 25 juin 2022 23:38
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