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Reportage. Crime au paradis thaïlandais, pas si idyllique…

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Cet article de Ouest France est différent et complémentaire de celui du Parisien publié hier. Un peu polémique tout de même.

 

  • Koh Samui. Derrière le décor de carte postale, la communauté française est en émoi après le meurtre d'un agent immobilier. Koh Samui. Derrière le décor de carte postale, la communauté française est en émoi après le meurtre d'un agent immobilier. | Picture alliance/Arco Images

 

Carol ISOUX.

 

Un décor de rêve, la promesse d’une retraite dorée : Koh Samui, en Thaïlande, séduit de plus en plus de Français. Mais, depuis quelques semaines, la carte postale n’est plus si belle. Un meurtre au sein de la communauté met en lumière le revers de l’expatriation au paradis.

Avec ses eaux turquoise et ses plages de sable fin, l’île de Kho Samui, dans le sud de la Thaïlande, attire de plus en plus de Français. Ils viennent s’y installer pour prendre leur retraite ou démarrer une nouvelle vie. Mais depuis un mois, la petite communauté française, près de 2 000 âmes, est sous le choc.

Mercredi 7 décembre, Georges Michel, 65 ans, a abattu de sang-froid Laurent Delacherie, 44 ans, un agent immobilier aux affaires florissantes. Le crime a eu lieu dans le restaurant d’un Rochellois, Cyrille Larrignon, qui a aidé à transporter le corps, jeté un peu plus loin dans une cascade, avec l’aide d’une troisième personne. Les deux hommes ont avoué le meurtre.

D’ordinaire, la communauté est tranquille. L’immigration française à Samui a démarré dans les années 2000, et plusieurs reportages télé sur « la retraite au paradis » ont accéléré le mouvement. «D’ailleurs, ça a fait monter les prix en flèche», déplore Gérard, un retraité corse. En dix ans, les loyers ont doublé, parfois triplé dans certaines zones près de la plage.

Les Français sur place se répartissent en deux catégories : ceux qui travaillent, gérants de restaurant, d’hôtel ou évoluant dans d’autres activités liées au tourisme, et les retraités, attirés par un pouvoir d’achat supérieur à ce qu’ils auraient en France, la possibilité de s’offrir les services d’une femme de ménage à plein-temps, une maison avec jardin, pédicures et massages pas chers.

Mais pour certains, l’oisiveté et l’isolement des familles restées au pays ouvrent une longue descente aux enfers. «Ils n’ont rien à faire de la journée, mis à part boire, confie un expatrié Ils n’ont même aucune raison de se lever le matin, c’est facile de glisser.»

Le soir du meurtre, selon plusieurs témoins, le coupable présumé avait entamé un marathon alcoolisé. «Il avait fermé son restaurant depuis quelques jours, comme ça lui arrivait parfois, et avait passé la semaine à boire», raconte un témoin.

L’événement révèle aussi une atmosphère délétère et une compétition acharnée entre patrons d’établissement : commérages, combines et coups bas pour s’arracher les clients francophones, les patrons français parlant souvent un anglais limité qui restreint leur capacité à capter la clientèle internationale. «J’évite la communauté française, ils n’arrêtent pas de se tirer dans les pattes», raconte un entrepreneur suisse.

« Un vrai panier de crabes »

 

Au fil des années, la communauté s’est scindée en petits groupes, soudés par des intérêts d’affaires et des inimitiés communes. «On vit en cercle fermé, on voit un peu toujours les mêmes têtes. C’est un vrai panier de crabes, ici!» reconnaît Chantal, ancienne infirmière à la retraite, arrivée il y a sept ans.

À ce stade de l’enquête, le meurtre apparaît d’ailleurs sans motif véritable. D’après les témoins, la victime, Laurent Delacherie, se serait un peu trop vantée du succès de ses affaires. Il aurait menacé de pousser à la vente les propriétaires de l’immeuble du restaurant de Georges Michel. Ce dernier, ivre de colère et de whisky, aurait alors simplement voulu «le faire taire», selon Cyrille Larrignon.

Car certains résidents de longue date adoptent petit à petit les codes locaux, dans une région marquée par la loi du plus fort, la corruption et la justice de classe. Les expatriés qui en ont les moyens et les ambitions se rapprochent des personnages importants de l’île, dans l’administration et la police.

L’avocat de Georges Michel n’est autre que l’ancien consul honoraire de France, Jules Germanos, qui a quitté ses fonctions en avril dernier. Abonné aux accidents de la route et aux touristes alcoolisés, il a servi pendant des années d’intermédiaire entre la communauté française et les services de police thaïlandais, avec lesquels il entretient d’excellentes relations.

Au commissariat de Kho Samui, on ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur «Khun Jules», l’un des rares étrangers à maîtriser parfaitement le thaï. Il négocie actuellement une liberté sous caution pour Georges Michel, comme il l’a déjà fait pour Cyrille Larrignon, après un mois de détention.

À peine libéré sous caution, Cyrille Larrignon est allé directement prendre un café au Karma-Sutra, l’un des QG de la communauté française. «Comme si de rien n’était, confirme le gérant du lieu. J’étais scotché.» Le Rochellois devra néanmoins retourner en prison en octobre prochain pour finir sa peine, durant deux mois supplémentaires.

Depuis, la consternation règne chez les Français, qui attendent de voir si Georges Michel sera libéré d’ici à quelques semaines. «C’est comme si on nous disait: « Votre vie ne vaut pas cher ici », déplore Eric, un expatrié de longue date. Vous voulez tuer quelqu’un? En France, c’est trop risqué, venez donc le faire en Thaïlande.»

Après une saison catastrophique à cause d’inondations monstres, les entrepreneurs espèrent que l’événement ne portera pas préjudice au tourisme sur leur belle île.

http://www.ouest-france.fr/monde/thailande/reportage-crime-au-paradis-thailandais-pas-si-idyllique-4788700

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BANGKOK 04 juillet 2020 16:17
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