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BANGKOK 19 November 2019 16:26
Le Modérateur

Déclin économique thaïlandais : la junte en cause ?

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Mai 2014. La junte militaire prend le pouvoir en Thaïlande avec des ambitions économiques fortes. Presque deux ans plus tard, l’heure est à la désillusion. Sur fond de régression constante des libertés fondamentales et de révisions constitutionnelles éhontées, la croissance peine à s’envoler et les investissements étrangers se raréfient.

Rétablir la confiance des investisseurs et des ménages, instaurer une discipline financière rigoureuse, lutter contre la corruption, moderniser la gestion des entreprises d’État et promouvoir les énergies renouvelables. La to do list de la junte était chargée, à son arrivée au pouvoir il y a bientôt deux ans.

Et pour remplir ses objectifs, le chef du régime, Prayuth Chan-ocha, général autoproclamé Premier ministre, n’y est pas allé de main morte. Une réforme fiscale a été élaborée, le règlement des arriérés de paiement dus aux riziculteurs décidé, les prix du carburant diesel et de gaz liquéfié plafonnés, les rémunérations de la fonction publique augmentées.

Pourtant, toutes ces mesures ne se seront pas avérées d’une grande efficacité. Selon la Banque mondiale, l’économie thaïlandaise affiche une croissance de 2,5 % en 2015. Si le résultat paraît bon, il est pourtant en deçà du taux de 2013 (3 %) et, surtout, il est très inférieur aux taux de croissance du Vietnam, du Cambodge et de la Birmanie, qui oscillent entre 6 % et 7 %.

Pour Krystal Tan, économiste Asie au cabinet Capital Economics, ces chiffres montrent les failles profondes de l’économie thaïlandaise : "La compétitivité économique de la Thaïlande est sur le déclin", analyse-t-elle. Et la junte militaire n’y est pas pour rien : "Le pays continue à faire face à des défis importants sur le plan politique qui ont des répercussions négatives pour les entreprises et la confiance des investisseurs".

En effet, selon les chiffres officiels, les investissements directs étrangers (IDE) ont reculé de 78 % sur un an, à 93,8 milliards de bahts (2,4 milliards d’euros) entre janvier et novembre 2015. Les IDE du Japon, principal investisseur historique, ont chuté de 81 %, à 28 milliards de bahts, et ceux de l’Union européenne et des États-Unis sont également en très forte baisse.

Les investisseurs étrangers font ainsi preuve de prudence, alors que la situation politique du pays reste instable. Le 11 février dernier, la junte a annoncé qu’elle organiserait un référendum sur un nouveau projet de Constitution, le texte actuel ayant été suspendu avec le coup d’État. Le nouveau texte ne s’avère pas très différent des versions présentées par les militaires en avril et septembre 2015, qui avaient été largement critiquées par l’opposition. À ceci près qu’il éloigne encore davantage le pays de la perspective d’un retour à la démocratie. 

Plusieurs points saillants ressortent de cette dernière mouture, tous inquiétants. Le Sénat serait ainsi composé de 200 membres non élus. Leur procédure de sélection reste floue. L’opposition craint que l’influence des militaires ne soit décisive en la matière. La question est d’autant plus sensible que le Sénat serait appelé à jouer un rôle majeur dans la sélection des membres de la Cour constitutionnelle et autres organes de contrôle politique.

Deuxième point soulevé par les détracteurs du texte, le maintien du pouvoir absolu de la junte. En effet, si le projet actuel devait être adopté, le Conseil national pour la paix et le maintien de l’ordre continuerait à diriger le pays jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement. Pendant ce temps, l’ensemble des pouvoirs et obligations de la junte seraient maintenus, ce qui lui permettrait notamment de s’opposer à toute réforme ou évolution contraire à ses intérêts.

Les opposants au projet constitutionnel s’inquiètent également de la création d’une Assemblée directrice de la réforme nationale (NRSA), un organe dont les membres seraient également sélectionnés par les militaires et dont la fonction principale serait de proposer les réformes dont le pays aurait besoin.

Quatrième point problématique, l’éducation. La junte souhaite s’assurer un droit de regard sur la réforme du système éducatif du pays afin que les questions de morale, discipline, ordre et respect des institutions soient abordées à l’école pour "prévenir le chaos politique".

Enfin, le texte vise également à élargir l’immunité constitutionnelle de la junte, ce qui permettrait aux militaires de continuer à pratiquer leurs techniques de répression ou encore leurs controversées séances d’"ajustement d’attitude" dans une totale impunité. Si les conséquences humaines d’une telle escalade sont de moins en moins ignorées, sur le plan économique non plus, il n’est plus possible de douter du caractère néfaste de la politique de Prayuth Chan-ocha.

Après des années de croissance rapide, les exportations thaïlandaises sont en berne, la confiance des consommateurs est au plus bas et le taux d'endettement des ménages est l'un des plus importants de la région. Les décisions de la junte, notamment son refus de signer le partenariat transpacifique (TPP), pourraient s’avérer catastrophiques. Selon la Banque mondiale, le TPP pourrait faire bondir les exportations du Vietnam d’environ 30 %, du Japon de 23 % et de la Malaisie de 20 %.

Les experts affirment que cet accord aurait permis à la Thaïlande de renforcer l’effectivité du droit de la propriété intellectuelle et d’encourager ainsi l’innovation et le high-tech. Paradoxalement, en Thaïlande, seul le tourisme continue de bien se porter (+ 15 % en 2015 par rapport à 2014). Jusqu’à quand ?


En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-152821-declin-economique-thailandais-la-junte-en-cause-1200929.php?O5UW15Ey1KR3HDTu.99

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