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BANGKOK 19 December 2018 22:23
Le Modérateur

Le secret de la mise de la dépouille dans l’urne funéraire

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Cet article a été écrit par

Sodchuen Chaiprasathna

Professeur émérite

de l’Univesité Silpakorn (Bangkok)

directement en français car Ajarn Sodchuen est francophone

 

 

 

Il fait référence aux pratiques anciennes, les corps de la Reine mère puis de la sœur du Roi Bhumibol et de SM le Roi Bhumibol lui-même auraient été conservés allongés.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le secret de la mise de la dépouille dans l’urne funéraire

 

 

Mom Luang Chainimit Navarat, architecte de sang royal, se posait une question qui le hantait depuis longtemps : comment met-on la dépouille dans l’urne funéraire, surtout quand le cadavre est d’une certaine taille ? Il a d’abord posé cette question sur le site <pantip.com> pour échanger des informations avec des internautes intéressés ; en même temps il entreprit des recherches dans les archives tout en interrogeant le préposé aux rites funéraires du Palais Royal.  A la suite de quoi il a rédigé un long article publié dans le magazine hebdomadaire « Sakulthai », du 20 janvier au 10 février 2015. L'auteur se propose d'écrire cet article pour faire connaître au public, surtout à la jeunesse et à la postérité, l'ancienne tradition des rites funéraires avant qu'elle ne disparaisse et pour ne pas laisser place aux légendes et images qui déforment la réalité

  Mom Luang Chainimit y retrace l’origine de la tradition de la mise du corps dans l’urne funéraire.  D’après lui, cette tradition nous serait venue de la culture indienne, par le fait que le mot <kot > ou « urne funéraire » vient du sanscrit « kosha » ; elle est sans doute pratiquée au Siam depuis l’époque de Sukhothai puisqu’ion trouve une phrase dans Les Trois Mondes (XIVe siècle) qui précise  : « mettre le cadavre royal dans l’urne d’or ».

  Qu’en est-il de cette tradition ? L’auteur suppose que selon la doctrine bouddhiste, celui qui n’a pas encore attient le nirvana, doit renaître après la mort. Or, la position qui facilite la renaissance pour qui a accumulé beaucoup de mérites, c’est la position qui ressemble à celle du fœtus dans le ventre maternel (Voir image 1).

  Qui donc, après la mort, peut être ainsi mis placé dans une urne funéraire ? D’abord le roi, la reine et les membres de la famille royale. Mais aussi certains dignitaires et hauts fonctionnaires qui ont bien mérité du royaume.

  Quels sont les procédés précis de la mise de la dépouille dans l’urne funéraire ? Après une cérémonie préparatoire qui consiste à demander pardon au mort en versant de l’eau dans sa main, les «responsables» attachent le cadavre gisant sur un lit dans la position du fœtus avec des cordelettes spéciales en coton, en courbant ses genoux et insérant un lotus, une bougie et un bâtonnet d’ encens  dans ses mains en geste de « wai »…

  Puis on dépose le corps sur deux draps blancs superposés et l’enveloppe encore avec des cordelettes en coton, en faisant cinq nœuds sur le corps et un grand nœud sur la tête. (Voir image 2).

Ensuite, on dépose le cadavre ainsi enveloppé dans une urne intérieure en argent avant de la mettre dans l’urne extérieure en or ; sur le dessus on ferme un couvercle en forme de mondop (Voir l’image 3). Il existe  trois tailles d’urnes convenant aux tailles des dépouilles traitées.

  Si le corps n’a pas préalablement été injecté de formol, on place au fond de l’urne intérieure, une grille et un plateau en étain troué en son centre pour laisser écouler les humeurs dans un pot en céramique muni d’un tuyau de bambou. (Voir l’image 4).

  Après cent jours, pour préparer  la cérémonie de la crémation, les préposés enlèvent de l’rune intérieure la dépouille enveloppée de ses draps. Avec de nouveaux draps on enveloppe le corps quasi momifié et on le dépose dans une bière en bois parfumé, prêt à être brûlé dans le feu du bûcher. On brûle également, mais à part, les draps et les humeurs (Voir images 5 et 6).

  Ce qui est remarquable, c’est qu’on traite à tous moments la dépouille avec beaucoup de respect et en lui rendant beaucoup d’égards et d’honneurs. On ne se rend pas compte généralement des délicatesses avec lesquelles on traite la dépouille en l’insérant dans l’urne funéraire.

  L’auteur de l’article, Mom Luang Chainimit Navarat, en vient à une remarque critique au sujet des images illustrant le récit du comte Ludovic de Beauvoir[1] lors de sa visite au palais royal sous le roi Rama IV, plus précisément en janvier 1867 Pour ce qui est du récit sur l’exposition de l’urne crématoire du Second Roi Somdet Phra Pinklao, l’illustrateur de la maison d’édition à Paris a dessiné, avec une imagination fantaisiste, une image qui déforme la réalité (Voir l’image 7). Selon M.L. Chainimit, l’illustrateur semble vouloir insister auprès des lecteurs français sur le rites considérés comme barbares de la cour royale du Siam – justifiant ainsi que la France veuille s’emparer de ce royaume pour le civiliser. Il ne réalisait pas, avec son dessin déformant la réalité, qu’aucun peuple n’a jamais agi pour ridiculiser la mort et ses morts.

 

 

Trois  exemples récents de mise en urne de dépouilles royales

  Dans les annales sont décrites les cérémonies concernant la dépouille de la Reine, épouse du roi Rama VII (Somdet Phra Nang Chao Rampaïpanni – 2527 / 1984 ) :

   Après la cérémonie de purification du corps de la morte, on l’habille de soie blanche avec des motifs en fil d’or pour marquer son rang royal. Ensuite le Roi (actuel) peigne ses cheveux à mont et à val avec un peigne en bois de santal puis le brise. Dès que le Roi regagne son fauteuil, on attache la dépouille en position assise, les genoux relevés aux bras, les mains jointes tenant un cornet en or pour recevoir un lotus, une petite bougie et un bâtonnet d’encens en offrande au Chedi Chulamani lors de son entrée dans l’autre monde. Ensuite le Roi pose sur le visage du cadavre un masque d’or qui sera retiré au moment d’introduire la momie dans l’urne.

  On dépose alors le cadavre sur trois draps blancs superposés avec lesquels on l’enveloppe et l’attache avec un fil de coton nature en faisant un nœud sur la tête et laissant un bout de fil à lier à un cordon blanc et doré à l’extérieur de l’urne.

  Le corps ainsi disposé est placé dans le kot en métal et or. Le Roi met une couronne (« chada ») sur la tête. Mais quand on fermera le kot cette couronne sera enlevée et enveloppée à part dans un tissu blanc. En dernière étape, on couvre le kot d’une étoffe d’or avant de l’exposer au Phra Thi Nang Dusit Maha Prasat.»

  De nos jours toutefois, la mise en urne est rarement pratiquée. C’est ainsi que la princesse Mère du Roi a demandé de ne pas la mettre dans l’urne après sa mort (2538 / 1995 ). Elle a préféré reposer dans un cercueil placé derrière le kot ouvragé en son honneur. Et la princesse Sœur du Roi, à son tour, a exigé les mêmes dispositions (2551 / 2008 ).

 

 

 

 


[1]  Un chapitre sur le Siam dans Java, Siam et Canton, éditions Kailash 1998, pp.175-235 : et  le passage sur le sujet dans Siam d’hier Thaïlande d’aujourd’hui de Patrick Binot et Jean Marcel, éditions Soukha 2014, pp. 137-144.

 

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Droit de copie de notre amie Sodchuen Chaiprasathna via Jean Marcel

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